14 juin 2026
La technologie comme service public
J’ai écouté l’épisode des Engagés publics avec Clément Laberge, chef de cabinet du maire de Québec, et j’ai été content d’entendre quelqu’un d’impliqué dans le numérique québécois depuis longtemps parler de politique municipale avec un vrai techno-optimisme appliqué au quotidien des villes.
Les Engagés publics est un balado d’actualité politique animé par Denis Martel que j'aime beaucoup.
Clément Laberge a eu une carrière prolifique dans le domaine des technologies depuis l’essor du Web au Québec dans les années 90. Avant de se retrouver à l’hôtel de ville, il a travaillé pendant des décennies dans le numérique, dans différents rôles, comme entrepreneur, consultant et acteur du milieu technologique québécois.
Il est maintenant chef de cabinet de Bruno Marchand, maire de Québec. C’est ce qui rend l’épisode particulièrement intéressant: il parle à la fois avec la culture de quelqu’un qui connaît les technologies de l’intérieur et avec le regard de quelqu’un qui voit maintenant comment une administration municipale doit les intégrer dans ses services, ses priorités et ses contraintes.
Son optimisme est appliqué de manière concrète au municipal. Il parle des données, des outils numériques, de la télémétrie et des systèmes d’information comme de moyens pour mieux livrer les services, mieux expliquer les choix publics et maintenir la confiance des citoyens. Il n'en parle pas comme un gadget.
Ce que j’ai aimé dans son propos, c’est qu’il parle de la technologie comme d’une condition de livraison. Dans une ville, si on veut que les engagements politiques (ce pourquoi les gens ont voté pour nous) se transforment en actions concrètes, il faut que les outils administratifs suivent.
Les technologies sont donc devenues « un rouage essentiel de la démocratie ».
C’est aussi ce que j’ai pu constater lors de l’étude du budget 2026 à la Commission sur les finances et l’administration de la Ville de Montréal, où je siège comme vice-président. Quand le Service des technologies de l’information est venu présenter son budget, on voyait très concrètement que les TI traversent presque tout. Le STI se présente comme un levier de performance pour les 49 services et arrondissements de la Ville, avec des projets qui touchent l’application Montréal, Info-Déneigement, le 311, le 911, les tableaux de bord publics, l’eau potable, la cybersécurité et les services numériques aux citoyens.
La démocratie, c'est aussi ce qui vient après le vote. Est-ce que les engagements se traduisent en gestes concrets? Est-ce que les services suivent? Est-ce que les citoyens peuvent voir que les décisions prises produisent des résultats?
> « Pour que la démocratie puis un système politique fonctionne, il faut que quand on va voter, le vote qu'on fait soit suivi d'actions puis qu'on voit que les engagements qui ont été pris sont faits. »
La technologie fait donc partie de la démocratie municipale, parce qu’elle influence directement la capacité d’une ville à livrer.
Les attentes ont changé
L’autre idée forte de l’épisode, c’est que les attentes des citoyens ont augmenté avec le temps (et c'est normal).
Dans le déneigement de la ville de Québec, par exemple, on pouvait peut-être se satisfaire il y a quelques années d’une information plus générale : un secteur, une période, donc une indication approximative. Aujourd’hui, les citoyens s’attendent à plus de précision.
Est-ce que la déneigeuse est passée? Est-ce que je peux stationner? Est-ce que l'indication d'interdiction de stationnement est encore valide? Est-ce que la ville peut me le dire clairement, rapidement, idéalement sur mon téléphone?
Ces attentes viennent de l’expérience numérique qu’on vit partout ailleurs. On peut suivre un colis, une livraison, un taxi, une réservation, une transaction bancaire. Il devient donc plus difficile d’accepter que les services publics restent flous, lents ou opaques.
La ville doit évidemment composer avec des obligations propres au service public : accessibilité, équité, continuité, prudence, respect des personnes qui ne sont pas à l’aise avec le numérique. Laberge le souligne aussi : on ne peut pas laisser tomber les systèmes parallèles du jour au lendemain, parce que tout le monde n’a pas le même accès ni les mêmes réflexes.
Les attentes ont changé, donc. L’enjeu, c’est de moderniser sans exclure et améliorer les services numériques tout en gardant des portes ouvertes pour les personnes qui ont besoin d’autre chose.
La confiance se construit aussi avec des données
Un autre bout de l’épisode m’a beaucoup intéressé est le lien entre données, débat public et confiance.
Laberge parle des centaines d’activités de consultation et d’information publiques à Québec, des documents mis en ligne, des cartes, des données du 311, des informations qui permettent de mieux comprendre ce qui se passe dans la ville. Ce travail discret structure le débat public.
La Ville de Montréal a d’ailleurs un important portail de données ouvertes qui rend ce genre de travail possible. Je m’en sers directement pour développer des outils comme mon estimateur de hausse de loyer à Montréal ou pour alimenter des projets comme la carte des résultats de l’élection municipale 2025 à Montréal.
J’ai beaucoup aimé quand il disait que les technologies servent à préparer les consultations publiques, les séances d’information et les débats en fournissant des chiffres, des cartes et des exemples concrets. Sa conclusion était que « ça aide pour vrai ».
Quand les données sont disponibles, les désaccords peuvent se faire sur une base plus solide.
On peut continuer à ne pas être d’accord sur un choix municipal. Mais un désaccord fondé sur des faits accessibles donne un débat public plus utile qu’un débat où chacun soupçonne l’autre de cacher quelque chose.
Équiper le débat, c’est encore une fois une manière dont la technologie aide notre système démocratique.
Et c’est aussi là que je trouve l’optimisme de Laberge intéressant. Les grands choix restent humains, débattus, expliqués (et non pas donnés à l'intelligence artificielle). Les technologies peuvent nourrir ces choix, rendre les problèmes plus visibles, permettre aux citoyens d’interpeller la ville plus précisément et aider l’administration à répondre aux bons besoins.
Pourquoi j'ai pris le temps d'écrire ceci
J'avais l'impression que c'était un épisode fait sur mesure juste pour moi! Étant nouvellement un élu municipal et techno-optimiste, ce genre de discussion me parle beaucoup.
On travaille souvent sur des choses qui ont l’air petites vues de l’extérieur, mais qui touchent directement la vie quotidienne: une demande de citoyen, un problème de rue, un permis, une collecte, une information qui manque, un service qui ne répond pas assez vite.
Dans ces moments-là, la technologie devient très concrète. Elle peut faire la différence entre un citoyen qui comprend ce qui se passe et un citoyen qui a l’impression de se faire promener. Entre une administration qui réagit et une administration qui voit venir. Entre un débat public nourri par des faits et un débat public alimenté par la frustration.
La conclusion de Laberge résume bien ce que je retiens de l’épisode:
> « Aujourd'hui, ce qui est clair, c'est que dans une ville [...] on ne peut pas voir les technologies comme quelque chose d'accessoire. La démocratie ne peut pas fonctionner sans l'apport des technologies et de ce qu'elles nous amènent comme données et outils d'interaction. »
L'épisode rappelle que la transformation numérique municipale touche directement les priorités, les services, la confiance et la démocratie.
Les choix politiques, les débats publics et la responsabilité des élus demeurent essentiels. Les technologies sont devenues une partie du coeur opérationnel d’une ville. Sans elles, on livre moins bien les services, on explique moins bien les décisions et on nourrit moins bien la confiance dans les institutions.
Merci à Denis Martel et Clément Laberge pour l'épisode!